La dryade

Il était une fois un ciel dont les étoiles avaient fui. Une nuée infinie de flèches  s’élançait dans le néant, bien décidées à aller défier les dieux. Cette forêt de monolithes était semblable à un alignement de pierres tombales, cimetière d’ étoiles déchues qui n’étaient que pâle lueur à travers de minces ouvertures.une plongée le long des tours révélait un étrange  brouillard, d’abord ténu, puis, alors que la chute devenait de plus en plus vertigineuse il s’épaississait, s’incarnait et semblait maintenir tout cet univers figé dans sa gangue  . Une bruyante cacophonie prenait de l’ampleur au fur et a mesure que l’on poursuivait notre périple  le long de ces tours de verres sans vie. Les sons désarticulés se rencontraient cependant parfois harmonieusement, mais le plus souvent ils se débattaient furieusement, luttant âprement pour exister  Le brouillard se faisait de plus en plus intense, les odeurs nauséabondes et épaisses se mêlaient aux sons pour créer une bien dissonante parade. Et encore plus bas, bien plus bas, venait de s’éveiller la dernière Dryade. Lasse et fatiguée   son royaume désormais ne s’étendaient guère au delà de ses feuilles séculaires. Elle essaya en vain d’étirer ses racines endolories par le sommeil mais n’y parvint pas, celles ci étant prisonnières d’un sarcophage dur et froid. Elle tenta de contacter ses congénères mais n’eut pour seule réponse qu’ un vide assourdissant.

Quand elle regarda autour d’elle ce monde lui paraissait bien discordant, était ce bien la qu’elle s’était endormie ? Et ces petits êtres simiesques insignifiants semblaient régner sans partage en ces lieux, leur mélodie était partout. Elle voulu échapper a ce terrible chaos, leva les yeux vers le ciel mais ne put que constater que les étoiles n’étaient plus la, Elles avaient été capturées par ces immenses pics miroitant, en effet ils paraissaient tous briller des feux du ciel. Ainsi elle était seule. Elle resta quelques jours interdite essayant de comprendre ce monde, mais tout allait si vite, il y avait en permanence ce bruit et cette agitation, tout lui paraissait insensé. Ce qui était le plus dérangeant dans cet endroit était sans nul doutes ces créatures de métal, ronflant et vitupérant en permanence, l’air lui même  broyé par ces prédateurs. De plus les primates erraient, hagards et sans vie, ne semblant même pas la remarquer, c’était comme si le lien intime qui existait  autrefois entre  l’humanité et le peuple sylvestre avait disparu en même temps que les étoiles.  Depuis des millénaires les dryades conseillaient et aidaient les mortels en influençant discrètement les rêves. Dans ce monde il n’y avait plus de place pour les choses futiles que sont les rêves . Sa mission n’avait plus de sens , il n’existait plus personne à guider, cet endroit n’avait plus de rôle pour cette créature.

Le moment de son départ était arrivé, elle l’avait su au moment même ou ses racines avaient repris vie. Pourtant il lui restait une chose a faire, elle regarda encore le ciel muet et pleura pour les étoiles, elles ne méritaient pas leur sort. Ainsi elle essaierai dans un ultime effort de les libérer de ces cages sans âmes, quoi qu’il lui en coûte.

Cependant elle ne disposait que d’une seule arme , et bien dérisoire ; fleurir

Alors elle fleurit, des années durant de toutes les tailles et de toutes les formes, elle emplit l’air de parfums et de couleurs qui resplendissaient  dans cet endroit lugubre. Les teintes chatoyantes emportaient des volutes de parfums doucereux en un tourbillon de vie. Elle ne savait pas exactement quel effet cela aurait il bien pu avoir, mais elle continua, avec la détermination afférente a son espèce. Pendant un certain temps quelques enfants curieux rirent et dansèrent sur le tapis arc-en-ciel autour d’elle , il y eu même un adulte ou deux, surement quelques déraisonnables rêveurs, qui s’arrêtèrent un instant, souriaient même.

Et le temps passa. elle avait de moins en moins de fleurs. les enfants grandirent et les rêveurs revinrent a la froide raison. Ainsi la dernière dryade dans une ultime volute éthérée s’en alla.Les étoiles pour toujours muettes restèrent prisonnières

Alors qu’elle fut redevenu un simple arbre le charme se rompit, les hommes purent alors se rendre compte  de son existence,  virent enfin toutes ces fleurs,  s’enivrèrent alors de tous ces parfums délicats, et ensemble sans savoir pourquoi ils pleurèrent.

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s