Nouvelle/poésie-Nocturnes

La lumière s’élançait entre les monolithes de la cité. Agile et rapide elle s’appuyait sur toutes les surfaces disponibles, laissant derrière elle un éclat aveuglant. La légèreté des ses bonds ne faisait que renforcer la masse des blocs grisâtres.  Elle convergeait, une et multiple à la fois, au sein d’une grande  sphère orangée mourante,  couchée dans un linceul  de magentas, de mauves, de rouges et de bleus. Alors que la clarté retirait ses derniers doigts filiformes  le dodu moribond s’était enveloppé dans une épaisse couette noire, méditant une nuit de plus.

 

« Hein ? »

« grrr »

« Quoi »

« Dégage »

« Ho »

« Ici, c’est mon coin, t’es pas d’ici, tu dégage j’te dis »

« pff, ouai d’accord j’vais me foutre la bas »

 

La femme qui se levait devait approcher la quarantaine. Ses vêtements disparates, dont chaque pièce semblait venir d’une époque différente, composaient un écheveau maladroit. Les couleurs pourtant vives ne se discernaient que difficilement à la lumière terne pénétrant par la fenêtre du squat. Sa démarche claudicante révélait, dans une douce cacophonie, la nature diverse des débris semés sur le sol.  Dans un recoin de la pièce un assemblage de haillons dessinait la vague forme d’un homme, et de la bouteille de vin renversée a ses cotés  s’écoulait sa vie même .Ainsi, figée dans une brume noirâtre  la vieille boutique de peinture abritait sa dernière toile.

 

« Nan mais t’as pas compris, casse toi d’la j’te dis »

« Quoi, c’est a toi c’t’endroit ? »

« Ouai j’ai le droit ! »

« hein »

« Quoi hein »

« J’bouge pas, j’t’emmerde »

« pfff »

 

Puis aussi soudain que violent une tornade de hurlements s’introduisit dans cet espace, bientôt suivis de silhouettes menaçantes. Au gré des coups éclats rouges et ombres noires dansaient ensemble, une pointe de lumière se mêlant à eux de temps a autre. D’épaisses notes de douleurs se décelaient dans ces cris qui inopinément venaient rompre cette toile de brutalité. Et inlassablement les diverses teintes de sang maculaient ce couple d’infortune.   Dès lors ils étaient livrés aux rigueurs  de cette nuit d’automne, ayant cédé leur abri a ces jeunes gens. Un grand silence régnait dans cette rue et les bâtiments brillant sans fin reflétaient indistinctement ces corps meurtris. Un vent vif et piquant s’écrasait sur les haillons mouvant, leur ombre claudicante se découpant sur cette architecture fantomatique. De ces corps hagards l’âme semblait être parti depuis longtemps,  engloutie dans les vapeurs de l’alcool.

 

« Putin, ça fait mal ! »

« Qu’est ce tu fous encore la !…aouch ! »

« «ya un squat labas jcrois, enfin chais plus, »

« ouai, bon…… »

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s