L’heritier

Chapitre 1

Sa souffrance me semblait maintenant si proche, il me semblait maintenant si proche. Jamais je n’avais ressenti a quel point il était humain, ses traits trahissaient chacune de ses blessures et la vie qui l’habitait fuyait, silencieusement et lentement, mais sans aucune rémission possible. Ce visage ne signifiait plus rien dorénavant, je ne voyais plus qu’un homme seul, agonisant et triste, si triste. La courbure de son cou laissait entrevoir des veines à peine esquissées, comme autant de marbrures dans une roche fragile et sèche. Ses bras largement ouverts tels deux grandes ailes rachitiques faisaient l’effet d’un bien pitoyable pantin, ses jambes frêles et minces, semblables à de chimériques liens entre le ciel et la terre paraissaient ne jamais pouvoir porter un seul homme. Et pourtant, ceint de la couronne d’épines comme d’autres supportent le poids de terribles erreurs il avait guidé toute ma vie, et celles de tant d’autres…..

 

Mes doigts couraient le long du câble téléphonique enserrant mon cou, je souriais tristement en repensant à toutes ces mises en garde et tous ces sermons. Ma vie avait définitivement perdu de son sens, il existait des choses, au delà du continuum et entre les dimensions dont la simple évocation suffit à me faire défaillir. Ce soir mettra un terme à cette folie, et tout ce qui aurait du rester dans l’ombre retournera dans le néant primordial, d’ou , je l’espère, rien ni personne ne viendra l’en extraire à nouveau…….

 

Le père Legrand venait de nous quitter et ainsi j’obtenais un premier poste dans la petite bourgade de  «St Hilaire  », cet endroit ne devait pas abriter plus de huit cent âmes. Une partie de moi était soulagée de ne pas avoir de paroisse citadine, mais j’en ressentais une certaine culpabilité,  a quoi bon prêcher des convertis ? Je me faisais une certaine idée de mon rôle dans la sainte église catholique.

Les diatribes avec le père Nostrand n’en finissaient plus, je percevais assez mal les motivations des catholiques à ne pas vouloir faire connaître la félicité au plus grand nombre, comme si ce bonheur ne devait être réservé qu’aux seuls élus. je considérais que la béatitude devait être universelle, c’est un tel sentiment de plénitude et d’accomplissement que les plus grands bonheurs profanes ne sauraient être qu’un bruissement de feuilles dans une tempête.. Malgré tout je partais le cœur léger, servir en ce lieu me permettrait d’étudier plus amplement la théologie, et pour ça j’avais besoin de calme. Les mégalopoles occidentales se désintéressaient de plus en plus de l’église catholique et , je l’avais remarqué au séminaire, les vocations se faisaient rares ; l’institution n’était plus d’actualité. Paradoxalement le monde entier donnait cette impression de chercher toujours plus refuge dans des valeurs sacrées, y cherchant des repères absolues et manichéens, simple a appréhender. La conscience de notre mortalité définissait toute notre vie, du berceau au cercueil, nos moindres décisions étaient inféodées à ce constat ; comment dès lors expliquer le désintérêt occidental croissant pour la chose spirituelle ? C’était comme si l’homme de nos sociétés avait oublié la faucheuse, se gavant de distractions,de psychotropes et d’illusions. Quelque soit l’ampleur et la nature de ces tentatives elles restaient vaines, l’angoisse de l’oubli caressait toujours les âmes, mais celles ci s’étaient couvertes d’un linceul. Bien sur il arrivait encore de temps en temps à nos esprits occupés de penser à  vague présence supérieure mais a l’image d’une vie de moins en moins exigeante et disciplinée ils ne pensaient plus leurs devoirs nécessaires.

 

C’est dans ces dispositions que j’embarquais dans un TER a la gare de Lyon-Perrache pour un périple de 5h. Le voyage fut assez chaotique et dura près de deux heures supplémentaires, une chaleur pesante s’était vite installé, rendant la promiscuité désagréable et génante. Très rapidement les voitures furent complètes , dès lors la civilité se déroba et les voyageurs semblerent presque prêt à tout pour une place assise. Alors que je sortais de la petite Gare provinciale et surannée de la bourgade de la Creuse, je fus envahi d’une étrange sensation que je ne saurais décrire, une sorte de déférence teinte de soulagement mais aussi d’appréhension. La sortie de la gare débouchait sur un espace vert ou régnait un chaos subtilement agencé par quelque mystérieuse main, on se sentait subjugué, comme si le moindre mouvement allait briser ces harmonieuses asymétries. Le temps ne semblait pas être passé ici, la nature était libre et immuable, maîtresse incontestée .les racines tournoyaient et ondulaient dans une danse hypnotique avec une pelouse clairsemée et disparate. Les arbres s’épanouissaient sauvagement et paraissaient dotés d’une volonté propre, partout la main mise de l’homme était plus diffuse que dans nul autre endroit que j’eusse visité. L’éclat d’un soleil vif liberait l’âme, après un voyage si éprouvant j’eus l’impression que des chaînes se brisaient.

La rue principale manquait visiblement d’entretien, elle était constellée de nids de poules, et à divers endroits des pousses triomphaient d’un bitume terne et inégalement réparti. Le ciel lui même, du haut de sa quiétude, sculptait de baroques nuages ou blancs et noirs se juxtaposaient, s’épousaient et se repoussaient à la fois. Ils s’entremêlaient lourdement et ce silence paraissait soudain si surnaturel. Jamais je n’avais vécu ce chaos de cette manière, peut-être n’avais je jamais pris le temps de me laisser imprégner par ces images….

 

« AH vous êtes le père Vérille je présume ! »

La voix forte et amicale me surprit. Lorsque je me retournais, je vis un homme d’une trentaine d’années, dans un costume dont l’élégance n’excluait pas une touche de décontraction. Avenant et souriant, ses cheveux courts et noirs donnaient à son visage rond un air bonhomme tranchant avec son maintient et son port altier. 

“Bertand Verille, et vous êtes ? ”

“Excusez mon impolitesse, Nicolas Granger, conseiller municipal et accessoirement employé des pompes funèbres”

Un imperceptible rictus que je cachai aussitôt trahi ma surprise.

« Ho je sais ce que vous pensez de la thanatopraxie vous autres. Toutes les religions modernes interdisent, à de divers degrés, mon métier. Il est par ailleurs édifiant que la seule exception que vous fassiez soit quand le corps risque de rapidement se décomposer  ; la elles s’accordent toutes, comme quoi la foi s’incline devant la puanteur »

« Mais…je n’émets aucun jugement, c’est juste toujours surprenant, de plus malgré tout on se fait une certaine idée du genre de personnes officiant dans ce domaine….

« Et je ne suis pas ce genre de personne, n’est ce pas »

Un sourire jovial déchira son visage alors qu’il sortit une cigarette en m’invitant à le suivre. L’étrange sensation que j’avais eue en arrivant ne me quittait pas, bien au contraire la traversée de ce village fut assez déconcertante. Les demeures austères observaient silencieusement notre progression, leurs appareils en tout venant s’étirant dans de tristes mosaïques. Ce lieu respirait l’authenticité, nulle part on essayait de tricher et les rares habitant croisés avaient ce cachet archaïque si rassurant. Ce qui était étonnant était la quantité d’animaux errant de ci de la dans les rues, nullement effrayés par notre passage ils étaient au contraire témoin de nos faits et gestes un peu comme si nous étions nous même dans un Zoo. Toute cette faune sauvage et indifférente paraissait chez elle au milieu de ces rues chaotiques. Les cieux étaient le refuge d’innombrables oiseaux qui en vagues souples formaient un ballet gracieux. Nous marchâmes ce qui semblait être une dizaine de minutes lorsque sa voix me surprit de nouveau.

« J’espère que vous avez du travail, car ici il ne se passe grand-chose et vous verrez qu’il n’y a pas tant de confessions que ça , enfin de confessions sincères » dit il avant de sortir une autre cigarette

« vous devriez songer a fumer un peu moins peut être » dis je avec douceur

« Ne vous inquiétez pas je compte arrêter bientôt , alors la j’en profite »

 

Nous nous étions arrêté devant une demeure sobre et simple, la façade avait besoin de travaux mais elle avait un charme authentique, travailler ici sera vraiment agréable. Il ne reste plus qu’a attendre les livres que j’avais commandés au diocèse.

C’était la fin du mois d’Octobre et le temps était étonnamment doux, l’automne n’avait pas encore totalement assuré son étreinte, laissant un paysage de contrastes ou l’été agonisait dans un linceul doux et agréable. Les feuilles dorées se caressaient gracilement au gré d’une timide brise, elles créaient d’éphémères ondulations, serpents bruissant et chuchotant.

Les premiers jours défilèrent dans une grande quiétude, je reçus mes ouvrages rapidement et pu ainsi me livrer à l’étude des œuvres Apocryphes .Le village était un endroit paisible, il n’y avait que peu de commodités, l’école ayant fermé récemment il ne restait qu’une épicerie et un bar-tabac, mais ici les heures pouvaient se prélasser loin du tumulte. Lors de ma première visite de l’église je découvris un bâtiment qui si il datait très probablement de la première moitié du 20ème siècle tachait dans son architecture un improbable mariage entre la lourdeur romane et la légèreté gothique, il en résultait un grotesque ensemble touchant par sa sincérité et son innocence. Je n’avais pas voulu aller voir l’intérieur de l’église avant mon premier office, je voulais de l’immédiateté dans ce que j’allais dire et quoi de mieux qu’un lieu inconnu parmi mes nouvelles ouailles pour ça.

Mon travail était en fait colossal et je ne m’en rendais compte qu’à présent, je ne sortais pas beaucoup il fallait que je compile toutes ces œuvres apocryphes pour écrire une vulgarisation a mi chemin entre l’explication et la persuasion. Mon projet était jugé trop « missionnaire » par le père Nostrand, ce point de vue me dépassait complètement. Si je pouvais contribuer a répandre la parole alors je ne devais ménager aucun de mes efforts et ce fut le cas.

Je devais rencontrer le maire peu après mon arrivé. Nous avions a discuter de certains détails techniques afin d’assurer mon service dans de bonnes conditions, ma surcharge de travail m’ayant déjà interdit d’officier la messe de la semaine de mon arrivée. Je reçus sa visite au cours de la seconde semaine. Le vieillard noueux que j’accueillis avait une poignée de main beaucoup plus virile que son physique décharné pouvait le laisser croire. L’homme était d’une maigreur cadavérique, Il ne semblait n’être composé que d’os, d’articulations et de nerfs. Ses sourcils broussailleux surmontaient un regard direct et franc, ou l’on décelait aussi une certaine dureté .Il portait un chapeau de feutre dont il ne se séparait jamais, ses vêtements d’une autre époque lui donnaient l’impression d’être recouvert en permanence d’une fine couche de poussière. Après un bref salut nous allâmes rapidement à l’essentiel.

« Votre prédécesseur nous a quitté brutalement, une crise cardiaque pendant son sommeil. Pourtant il avait une vie saine mais visiblement Dieu avait besoin de lui….. » dit il d’une voix traînante

« Ho les voix du seigneur…. » Ajoutai je

« oui, c’est ce qu’on dit » m’adressa-t-il avec un sourire triste

Puis il ajouta « Ne prêtez nullement l’oreille aux rumeurs je vous en prie, si on vous fait des demandes incongrues, refusez » sa voix s’était durci a la fin de sa phrase

« Que voulez vous dire monsieur » demandais-je avec un début d’inquiétude

« Je…heu…je ne souhaite pas entrer dans ces détails maintenant, profitez du calme pour étudier » Son sourire ne trompait que lui.

Je ne comprenais pas vraiment ce qu’il entendait par la, mais il devait sûrement s’agir d’une agitation de peu d’importance que l’ennui et l’isolement auront exacerbé. J’écoutais d’une oreille distraite le reste de ses recommandations, puis nous nous séparâmes.

Le jour de ma première messe était enfin arrivé, j’avais tout préparé dans les moindres détails, j’eus quelque peu honte de moi lorsque je m’évoquais mes désirs d’improvisation et de naturel, encore une fois j’avais reculé, encore une fois je n’avais pu échapper à ce conformisme que je conspuais pourtant de toute mon âme. Je laissais ces questions gênantes et pris la direction du lieu de culte, et à ma grande surprise une petite foule m’attendait déjà. A mon arrivée le bourdonnement indistinct des paroles cessa rapidement et brutalement, au moins ces gens n’étaient pas si habitué que ça à la médisance. Et ça me rassurait quelque peu.

Quand j’entrai dans l’église je fus plongé dans une admiration perplexe, comme si je pouvais toucher du doigt un éclat   d’éternité. La nef était tapissée d’œuvres religieuses au premier abord classiques, mais dont un second examen décelait les incongruités ; les spectateurs de ce chemin de croix avaient des visages aux traits bien trop irréguliers et grossiers et ce paradis semblait plus proche du purgatoire à en croire ces visages mutilés par un étrange rictus. Et c’est avec une angoisse légère mais persistante que je commençais cette messe, mais après quelques temps la raison l’emporta et je réussi a retrouver mon calme, après tout il ne s’agissait que de quelques tableaux. Je ne sais pas comment un si petit village a pu payer de telles œuvres, voila une des nombreuses choses dont je devais discuter avec le maire,  pensais-je alors que je sortais négligemment de l’église.

 

“Mon père” m’apostropha une voix féminine douce. Je vis une jeune femme a l’orée de l’église, sa chevelure noire formant une cascade agitée jusqu’a ses épaules. En contre jour je ne voyais que peu son visage mais je pus cependant lire une douceur dans ces traits.

 

“Excusez moi de vous importuner, mais je voudrais organiser mon mariage dans cette église” dit elle d’une voix assurée,  elle s’avança et je pus voir ses traits réguliers, doux mais charpentés dont les yeux foncés semblaient voir a travers moi.

 

“Bonjour…heu…oui a qui ai je l’honneur” ?

“Elise Mejded”

Une semaine plus tard je reçu Elise et son mari afin de parler de l’organisation du mariage, nous primes un repas frugal pour cette occasion.

« Comment en êtes vous arrivé a servir dans l’eglise » me demanda Nicolas lors du dessert

« Eh bien on ne choisit pas de servir Dieu comme on choisit de travailler dans le marketing, Dieu nous choisit, bien évidemment je ne prétend pas avoir entendu Dieu me parler mais c’est un ensemble de signes qui font qu’on se sent projeté sur cette voie, même si parfois celle-ci est tortueuse » Je bu une longue rasade du vin de table bon marché que j’avais acheté pour l’occasion

« Je n’ai pas eu une éducation très croyante, mes parents n’étaient pas athées mais simplement des non pratiquant. Pourtant j’ai toujours ressenti quelque chose de particulier au contact du sacré, j’ai toujours été sensible a l’art sacré et je me souviens lisant ce que je pouvais qui traitait de Jésus, que je voyais comme un héros. A cette époque je croyais réellement être personnellement coupable de sa mort, et j’en ressentais une grande culpabilité. Malgré les années cette culpabilité ne s’est pas démentie et j’ai œuvré dans la charité durant la première partie de mon adolescence. Puis il s’en suit une période moins religieuse, je ne sais pas j’avais l’impression que Dieu n’était plus la, que sa place était vacante…. » J’interrompis la mon récit, je ne pouvais pas en parler

« ……Puis la foi est revenu vers l’age de 20 ans je me suis relancé dans les œuvres puis j’ai commencé mon séminaire, durant ma dernière année j’ai poursuivi un cursus de théologie en université catholique, je suis d’ailleurs en train de travailler ma soutenance de thèse…et voila » Je me servis un autre verre.

« Elise aussi a beaucoup aimé l’art chrétien d’ailleurs elle est de famille musulmane mais elle a choisi la foi catholique, racontes lui donc chéri » Nicolas éclata d’un sourire radieux a l’adresse de sa futur femme. Elise elle semblait lointaine, absente

« …..oui…oui pardon, en effet mes parents étaient musulmans, ils n’étaient pas particulièrement pieux mais ils m’avaient transmis l’essentiel. A vrai dire l’art chrétien a exercé sur moi une grande fascination, durant mes études d’histoire de l’art j’ai ressenti cette beauté d’une manière si intime et intense que je l’ai interprété comme un appel. Je ne saurais l’expliquer c’est vraiment quelque chose de transcendant, et à l’âge de vingt et un ans j’étais baptisé . J’ai obtenu mon master puis j’ai continué dans la restauration, ma spécialité était l’art Flamand de la fin du 15ème siècle, en particulier l’œuvre de J.Bosch »

« ……peintre très original » intervint Nicolas.

« oui » reprit Elise, légèrement agacée de l’interruption de son mari » Il avait une vision vraiment personnelle de l’art saint et jusqu’à maintenant son travail reste à interpréter. Mettant en scène des personnages et créatures grotesques il confronte le sacré a l’impie, montre ce qui doit être exorcisé de l’homme. Il est considéré comme le premier surréaliste et à la vue de son œuvre c’est indéniable, tant ses créatures défient les lois de la biologie et de la raison. »

« Mais en fait, les toiles dans l’église sont de J.Bosch ! Comment des toiles de maitre ont pu arriver dans une si humble maison de Dieu !? » Demandais je soudain fasciné.

« Il s’agit d’un don, un homme d’affaire et collectionneur B.Desgraves a légué ses œuvres au village dans son testament. Il était tombé amoureux de notre nid douillet quand il venait passer quelques jours dans sa résidence secondaire, je pourrais vous la faire visiter un jour » dit avec fierté Nicolas.

Nous avons continué à parler d’art et en particulier de ce lien très fort entre le sacré et la peinture. Je m’apercevais qu’Elise avait une solide connaissance sur le sujet et me demandais pourquoi elle n’était pas dans une grande université plutôt qu’ici à s’occuper d’un jardin minuscule. Comme elle n’abordait pas le sujet , je crus bon de faire de même.

 

***

 

 

 

Le bleu intense du ciel était presque aveuglant. L’église semblait refléter toute la lumière du soleil, sa Rosace miroitante formant un creuset de couleurs chatoyantes. Ses vitraux, héraut d’une clarté triomphante, distillaient leurs faveurs dans la vastitude. Membres nonchalants, ses arc boutants s’étendaient et se distendaient sous la complainte d’une brise légère, indolents et nobles. Ses murs rassurants se dressaient fièrement, opposant aux caresses diurnes leur vigueur et leur force. En fait cet édifice faisait songer à une créature fantasmagorique, manticore artificielle aux atours aguicheurs, il ne parvenait cependant pas à occulter sa gaucherie grotesque. En effet les parois, sous la couche de vernis, avaient commencé a se lézarder créant un motif secret ne dévoilant que ça et la quelques bribes de nudité. La rosace n’était qu’un ersatz, ses formes simplistes obturées par un mastic visible et inégalement réparti. Il ne restait que la moitié des vitraux, laissant presque toute la façade ouest s’orner d’aveugles planches de bois. L’entrée semblait trop petite; mal calibrée et en retrait elle créait un boyau rongé par les termites. Devant cette porte le père Verille attendait.

 

Une rumeur, faible. Puis se distinguèrent quelques voix au sein d’un ensemble de plusieurs dizaines, au bout de quelques minutes un cortège bigarré et tumultueux se fit jour sur la Grand-Place.

Pas moins d’une cinquantaine personnes s’étaient déplacé pour assister au mariage de Nicolas

Je fis rapidement signe aux convives d’entrer. L’étroitesse de la seule issue obligeait cette foule à se compacter, haletant et suintant dans la chaleur déjà moite de cette fin de matinée. Au bout d’une quinzaine de minutes assez désagréables je pus enfin commencer mon office. Les mariés étaient tout deux vêtu d’un blanc éclatant, le sobre smoking parfaitement taillé de Nicolas contrastant avec la robe aux multiples voiles d’Elise. Son regard attendri caressait cet homme de timides et furtives attentions, alors qu’il se contentait pour sa part de fixer le chœur d’un œil ou l’émotion n’était pas absente. Nous y étions, le mariage me rendait toujours un peu heureux, je me disais qu’il fallait un certain courage pour se livrer complètement a l’autre, perdre tout contrôle. On dit souvent que nous, les prêtres, sommes mariés a dieu, mais la vérité c’est que le seigneur est a la fois beaucoup plus que ça et beaucoup moins que ça. Son amour est inconditionnel, mais nous sommes condamnés a errer sans la certitude de le satisfaire durant toute notre vie, et de ce point de vue les faveurs d’une femme sont plus parlantes.

 

Avec la soudaineté d’un orage se rependit une odeur; nauséabonde, humide et moisie. Les qualificatifs manquaient pour évoquer ce fumet mais jamais je n’avais ressenti pareille chose, je me sentais mal a l’aise, cela ne devait pas exister, cela n’avait pas sa place ici. Une panique tremblante émergea des convives, leurs regards inquiets se répondaient alors que certains commencèrent a se lever. Et cette étrange fragrance ne cessa de prendre de l’ampleur, elle emplissait maintenant tout mon être, évoquant des océans infectes et putrides, comme si la mort elle même se fut essence. Ce qui était le plus étonnant fut cette peur irrationnelle, glaciale qui s’emparait de moi. Je décidai non sans difficultés de prendre la parole alors que la panique d’une poigne affermi saisissait les invités les faisait renverser leurs sièges et se lever précipitamment.

 

« Je…je.. Vais aller voir si il n’y aurai pas…enfin….. »

Je n’eus pas le temps de prononcer un mot de plus que tous abandonnèrent ce lieu dans un désordre affolé, ils semblaient obéir à une peur profonde et intense. D’ailleurs je du lutter pour ne pas fuir, sans comprendre exactement pourquoi. Je m’engouffrai non sans efforts dans le déambulatoire quand je vis ce qui devait être la source de ce phénomène; et a ce moment je cru défaillir. Devant moi un océan miroitant s’agitait convulsivement, des dizaines de poissons suffoquaient sur le sol, ils ne ressemblaient à rien que je connaissais. Leurs écailles ne couvraient qu’une partie de leur corps laissant nu leur peau verdâtre et boursouflée, ils devaient mesurer dans les vingt centimètres, leurs yeux, ocres et bouffis me fixaient; j’avais l’impression de ressentir au plus profond de moi chacune de leur tentative pour respirer, et alors qu’ils se contorsionnaient devant moi dans une danse hideuse, je défailli.

 

 

Quand je revins a moi je gisais sur le sol du déambulatoire, une flaque d’eau boueuse me servant de couche. Je me levai précipitamment, tout paraissait irréel, l’odeur avait disparu, il n’y avait pas de créature marine, pas de peur, et tout reprenait sa place. Au fur et à mesure que je recouvrais pleinement conscience une terrible migraine s’abattit sur moi. L’écho de mes pas dans la demeure divine suffisait a envoyer un millier d’aiguilles à travers mon crane. Pendant que je débutais un semblant de rangement dans ce capharnaüm, je songeai a un détail qui me gênait terriblement, il n’y avait de traces des poissons nulle part, j’ai vraiment cherché de fond en comble mais rien, juste cette eau boueuse et curieusement salée. Je commençai a me demander si ils avaient bien existé ou si je ne fut pas victime d’hallucinations, après tout je travaillais beaucoup. Je décidais de remettre tout ceci a plus tard j’avais besoin de calme et de repos, ensuite j’étudierai le « cantique des cantiques », oui, il m’était nécessaire de me perdre dans quelque chose de familier afin d’évacuer ce sentiment d’étrangeté qui ne me quittait plus depuis mon arrivée ici.

On avait conclu qu’il s’agissait d’une mauvaise blague de gosse, ce qui je pense ne convainquait personne, mais la capacité de l’être humain a s’aveugler pouvait être extraordinaire. Pour ma part j’étais persuadé qu’il s’agissait de quelque phénomène naturel inexpliqué, les animaux se sentant plutôt a leur aise dans cette ville des amphibiens seront rentré dans l’église et dans mon état de fatigue et de nervosité j’aurai paniqué. Malgré tout le mariage fut célébré à la mairie dans un calme surnaturel, et les époux me contactèrent pour organiser une nouvelle cérémonie dans quelques semaines. Deux jours plus tard je reçu la visite d’Elise.

 

« Je dois aller a confesse » me dit elle sans ambages. Sa confession fut brève.

 

 

 

II

« oui faites moi confiance cela ne concerne que vous, le seigneur, et moi » dis-je a Elise en la raccompagnant a l’entrée de l’église. Le sourire qui l’illuminait s’estompa pour laisser la place a l’angoisse, et alors que son regard se hasardait dans le vide, elle dit:

« Il y a autre chose….plus jeune j’ai eu quelques troubles, et j’ai bien peur qu’ils soient revenu, j’ai tout essayé mais rien n’y fait je pense…….que je suis victime de quelque chose, quelque chose de surnaturel…pouvez vous m’aider? »

Je fus très décontenancé par cette demande incongrue, de plus je ne croyais pas vraiment a ce genre de pratique, il s’agissait exactement des abus qui m’agaçaient dans l’église réformée. Toute cette agitation, tous ces prêches enflammés, la religion n’est pas une foire ni un spectacle. Aussi c’est avec un agacement certain que je lui répondis

« expliquez moi au moins ce qui vous arrive, même si je doute que Satan ne se manifeste, ici ,dans cette ville et par l’intermédiaire d’une jeune fille » Mon ton ironique ne lui échappa pas et un éclair de désespoir voila un court instant ses yeux.

« bien je vais essayer » . Nous retournâmes dans le confessionnal

« C’est arrivé la nuit de la mort de votre prédécesseur, j’ai fait un rêve étrange, très étrange. Depuis ce cauchemar me hante chaque nuit, le sommeil se dérobant obstinément » elle ne parvenait que difficilement à surmonter les sanglots qui l’étranglaient.

« Je suis seule, la nuit, dans une foret magnifique. Je suis nue, le temps est très doux et je me sens bien. Cet endroit grouille de vie et de couleurs, il est la vie. Puis j’entends un bêlement derrière moi, quand je me retourne je ne vois rien, d’ailleurs je ne reconnais plus rien, tout change si vite dans ce bois. Le bêlement se fait de plus en plus fort et strident, le son m’étourdit presque, mes oreilles se mettent à saigner. Le lieu se modifie de plus en plus rapidement, je vois des visages fugitifs se former dans les nœuds d’arbres séculaires, leurs racines sinuant sans cesse, torturant et déchirant l’humus. la plaintive sérénade devient progressivement un hurlement, un hurlement sans fin, de plus en plus long, de plus en plus fort, a tel point qu’on ne reconnaît plus ni une voix humaine ni un bêlement mais quelque chose au delà de l’animal, au delà de l’homme. Je me retrouve dans le néant, autour de moi l’insondable noir ravit mes pensées et mes souvenirs, tous mes repères s’effacent, mes sens se confondent, ce que je vois je le ressens et l’entend également, tout devient si intense. En face de moi un agneau, il est totalement glabre et sur son visage un masque, un masque qui semble être fait de peau humaine. Ses yeux sont ceux d’un homme qui souffre. Une étrange chaleur m’envahit, la rage monte en moi et je ressens pour la première fois de la haine, celle ci est pure, libératrice et me grandit. Je tiens un poignard dans ma main droite, quand je contemple ma main gauche je vois la tête sectionnée de l’agneau. Et toujours cette souffrance, ces yeux qui ne cessent de souffrir malgré la mort. J’abaisse les paupières mais je les voie encore.

Les quelques secondes silencieuses qui s’ensuivirent paressèrent une éternité. Elle fixait le sol d’un regard vide en jouant nerveusement avec la croix autour de son cou, il y avait dans son air quelque chose de si sincère ; j’étais sur qu’elle ne mentait pas.

« Peut être que ce rêve paraissait réel mais les cauchemars récurrents sont un des symptômes de votre mal » je réalisai en même temps que je prononçais ces mots que je faisais une erreur, je n’aurais pas du lui parler de sa maladie.

« Oh vous savez » me dit elle d’un air détaché «  je suis sur qu’il ne s’agit pas de ça, d’ailleurs j’ai avec moi quelque chose qui vous le prouvera, je n’ai pas tout dit…….. »

Je remarquai maintenant le sac de sport sous son siège. Elle le saisit rapidement puis en sorti en textile blanc qui semblait être un drap. Et cette étoffe était maculée de sang, elle me regardait d’un air mélancolique quand elle me dit

« Ce sang n’est pas le fruit de mon imagination, et la première nuit je me suis réveillé dans un bain de sang….je…..je sais que je n’ai rien a me reprocher mais…… »

Je restais interdit quelques secondes, avant de me rendre compte de ce que je voyais. « rangez ça dis je d’une voix étranglée »

« Vous savez bien qu’il est parti de sa belle mort, quoi que vous pensiez vous n’avez rien a voir la dedans, et quand a ce sang il semble vraiment que quelqu’un ne veuille pas de votre mariage. Je crois que le ciel est étranger à vos affaires. Cependant tout ceci reste inquiétant, si vous êtes venu a moi c’est que vous ne vouliez pas prévenir les autorités alors je vais respecter votre choix. Bon je vais vous dire ce que l’on va faire. Bien que je reste plus que circonspect sur une éventuelle implication du surnaturel je connais un prêtre familier de ces questions. »

Elle ne me quittait pas des yeux semblant chercher un appui dans mes paroles puis elle dit soulagée

« Merci de m’avoir écouté, je serais vraiment rassurée de voir quelqu’un a ce sujet vous comprenez, même si cela vient de…de….enfin de moi » Elle se leva subitement, ses larmes échappant a mon regard avant de naitre.

 

*  *  *

24 Aout 1572, Paris

Les événements ont pris une tournure très étonnante, tout d’abord me voila pris pour cible et maintenant non content de me refuser justice on s’attaque à mes frères huguenots. Ils vont bientôt venir je le sais et rien ne pourra me sauver. Je ne comprends pas pourquoi les choses ont évolué de cette manière, ou donc ai-je fait une erreur ? Qu’ai-je oublié ? Peu importe désormais car tout Amiral que je suis ça ne les arrêtera pas, rien ne pourra les arrêter, ils ne pensent plus comme des hommes. Ils ne voient en nous que blasphème et seul le meurtre pourra les apaiser, j’espère juste que le supplice sera bref….

L’automne, dame triste à la larme facile, avait pris ses aises dans la région. Son souffle froid et humide s’étendait en tout sens dans la lande. Les arbres se découvraient sans pudeur aucune et la vie commençait à ralentir . La Dame vermeille regardait d’un air triomphant le tombeau de l’été et caressait d’une main moite la cloche qui appellerait l’hiver…..

Quelques jours plus tard je contactais le père Nostrand, ce que je lu dans sa voix me terrifia, il débordait d’enthousiasme à l’idée que des phénomènes de cette nature se produisent. Que cherchait-il à prouver ? Attendait-il cela afin de montrer que sa lutte n’était pas vaine ? Je ressentais beaucoup d’égoïsme dans cette façon de penser, après tout il ne m’avait posé que quelques questions rapides et polies sur cette pauvre femme. J’étais de plus en plus mal a l’aise et l’idée de demander une autre paroisse m’effleura le temps d’un souffle, alors que j’attendais mon confrère dans l’église. Le plus troublant étant sans nul doute que personne ne donnait l’impression d’avoir vécu quelque chose d’étonnant, au contraire la vie coulait paisiblement ; ce lieu était anesthésiant.

 

La petite gare de “St-Hilaire” appartenait a un autre siècle, son unique quai, produit de l’art nouveau fleurissait en arabesques et fresques végétales, son archaïsme était presque rassurant, rappelant une époque ou les certitudes semblaient plus nombreuses et les doutes moins prépondérant. Son petit hall de gare grisailleux et moribond était aujourd’hui l’hôte d’un personnage singulier. En effet un homme en costume sombre attendait ; le regard fixé sur une horloge dont le mécanisme s’était tu depuis longtemps. Imposant et légèrement voûte, son corps ne souhaitait que s’échapper de ces vêtements trop serrés, sa chair luttant afin de prendre une brassée d’air comme si la suffocation menaçait chaque parcelle de sa peau ou perlaient des gouttes de sueurs. Il avait un visage fort et chaleureux, sa barbe touffue en bataille tranchait avec ses cheveux coupés court et bien peignés. Ses grands yeux sombres étaient le siège d’une intrigante et déconcertante malice. Soudainement, comme répondant à un appel silencieux, le père Nostrand s’élança d’un pas pesant dans cette gare qui semblait ne pas être à sa mesure. Durant la traversée du bourg il se sentit immédiatement a l’aise, ce foisonnement de vie et cette nature triomphante emplissait son pieu cœur de joie, il avait toujours su que Dieu voulait l’entente entre l’homme et son milieu. C’est ainsi qu’il arriva rapidement devant l’église qui étant donné la taille du village ne fut pas difficile à trouver.

 

Trois coups retentirent et je devinai juste a leurs intervalles et a leur intensité la signature du père Nostrand, il était en avance et allait me le rappeler en usant de ses habituels jeux d’esprit.

« Ah, Abraham je ne vous attendais que dans deux heures, pardonnez le désordre »

« N’ayez crainte, je n’ai besoin , et Dieu non plus, d’aucune supercherie de la sorte, laissez tout en place »

 

le lendemain eut lieu le premier entretien avec Elise. Mon confrère sentit tout de suite la détresse qui emplissait la jeune femme et la fit sienne. Il s’agissait de la première étape de sa démarche, comprendre et surtout compatir, ainsi seulement il pouvait commencer à soigner. Plus je le voyais, plus je me disais qu’il pourrait aider ma paroissienne, après tout il s’agira d’un pieu mensonge, si croire que le diable est à l’ origine de ses maux peut la soulager, alors peu importe. L’espace d’un instant je ressenti une insolite compassion, comme si de son bonheur dépendait autre chose, comme si une part de moi en dépendait…….

 

le jour de l’expérience était fixé pour un dimanche après midi, outre le père Nostrand. Elise et moi même, son mari participerait aussi, la présence d’un proche aidant l’hôte a se libérer. Nous étions réunis dans la demeure d’Elise, un intérieur sobre et moderne qui recelait d’innombrables références artistiques pour l’œil averti.

 

“Bien, je vais vous expliquer comment ça va se passer, nous allons simplement nous asseoir, prendre nos mains et faire le vide. Puis quand le temps sera venu, Elise réunira la force nécessaire pour expulser toute entité étrangère, nous lui prêterons main forte. Cette expérience peut être troublante mais ne craignez rien, ce que vous pourriez “voir” ne peut en aucun cas vous nuire”

Le silence de plomb qui suivit cette déclaration était bien plus éloquent que toutes les questions que les participants auraient pu poser. La peur, l’espoir, le doute, tous ces sentiments s’entremêlaient alors que les mains se joignirent, seul le régulier cliquetis de l’horloge osait rompre le silence.

La plaine s’étend à l’infini, le vert éclatant de l’herbe faisant écho au bleu du ciel. Puis je les vois, des corps nus, des dizaines, non des centaines de corps nus, ils semblent contempler quelque chose que je ne peux voir, au delà de l’horizon. Leurs visages sont si sereins et apaisés, partout nul trace de malice ou de duperie, tout me parait si beau et si pur, chaque infime partie de ma peau se gorge de cette brise rafraîchissante, de ce soleil revigorant et de ces effluves enchanteurs. La quiétude de cet endroit dépasse ce que l’imagination peut concevoir, je regarde autour de moi et je les vois, Élise, Abraham, Nicolas, je les vois comme jamais je ne les avais vu, il me semble les connaître depuis toujours et avoir tout partagé avec eux; je les aime. Je sens la brise faiblir puis disparaître, puis la température augmente, la chaleur douce devient gênante. J’essaye de parler mais il ne sort qu’un bêlement affolé de ma gorge, autour de moi les visages se modifient, s’étirant, se tordant et se convulsant dans d’étranges rictus, et je remarque alors qu’ils portent tous des masques, des masques de peau humaine, chacun ayant les traits de son voisin. Et tout ce qui est beau n’est en fait que laideur, la laideur de la nudité me frappe a cet instant, tout ces corps disgracieux et usés par le temps me rendent malade .A travers la peau je peux sentir les viscères tuméfiées et odorantes, leur réalité me frappe et je suis assailli par l’horreur de la chair. La chaleur devient vraiment étouffante, mes pattes sont liés, je suis attaché a une branche, on me porte quelque part.  A l’horizon je peux voir ce qu’ils contemplent, un trône de fer est dressé. Construction asymétrique et bancale, nulle règle physique ne semble la concerner, elle ne peut exister dans ce monde, pourtant elle est la,  fruit d’un artisan ayant perdu la raison. Cette construction m’observe, je décèle une conscience dans cet amas informe. Alors que j’approche de la cyclopéenne aberration, je suis pris de violentes nausées et de vomissements. Une odeur répugnante se répand de cette endroit, la panique qui m’envahit est le prémisse d’une peur ancestrale, cette même peur qui …..

 

 

Le souffle coupé je m’éveillai, haletant et hagard, autour de moi je vis de nombreuses silhouettes s’affairant. Puis le ciel se déroba de nouveau et je glissais dans les vapeurs de l’inconscience. A mon réveil j’étais dans ma chambre, il y avait Elise, le Père Nostrand et Nicolas.

” Ah vous vous réveillez enfin ” fit le père Nostrand d’une voix angoissée

“Nous avons essayé de contacter les secours mais une route bloquée les a empêché d’intervenir” rajouta t il

“Ho ce n’est pas la peine dis je en me levant, je ne comprends pas trop; que s’est il passé ?” dis je alors que la migraine lançait ses premiers assauts.

“Pendant notre expérience alors que, nous….méditions… vous êtes devenu agité puis vous vous êtes levé, et la vous avez poussé un hurlement effrayant avant de perdre connaissance” dit Elise d’une voix tremblante.

“Je t’avais dit que c’était une mauvaise idée ! ” lança Nicolas d’un ton dur que je ne lui connaissais pas” viens, rentrons maintenant que nous savons qu’il va bien”

Elise me jeta un rapide regard puis parti a la suite de son mari. Quand j’aperçu le regard malicieux et perçant du Père Nostrand je sus qu’il allait me le demander.

“Alors, qu’avez vous vu ? et n’omettez aucuns détails, je suis maintenant presque certain qu’il faut soigner cette jeune femme et que ce ne sera pas facile.”

« Ce …n’est pas le moment » dis-je d’une voix étranglée.

Je devais quitter cet endroit à tout prix, alors que je marchais hagard dans le village je sentis comme jamais auparavant le froid triomphant, mes os semblaient mis à nu et le vent agressif me blessait profondément à chacun de ses souffles. Une grande fatigue s’était abattue sur moi , j’avançais avec difficulté et les quelques minutes me séparant de chez Elise me pesèrent lourdement. Morcelées et incompréhensibles des images et des sons vestiges de cette troublante expérience me revinrent en tête dans un chaos désagréable. Partir. Je devais partir, cette idée envahissait tout l’espace autour de moi alors que je me couchais. Il n’existait plus rien d’autre alors que je cherchais le sommeil, et dans des rêves d’exils je m’enfonçai…

Mes prières changèrent de nature, je demandais un signe me permettant de comprendre ce qui se passait, tout s’embrouillait dans mon esprit. De nouveau au calme de mon étude j’essayais d’analyser la nature de la panique qui m’avait prise, et malgré toutes mes tentatives de rationalisation rien n’était satisfaisant, surtout rien qui n’explique tous les événements qui avaient eu lieu. Et alors ce que je rejetais et ne voulais accepter dut enfin s’imposer à moi, quelque chose était a l’œuvre et quelque chose de terriblement malveillant.  « Ho mon dieu aidez moi »  implorai-je tout en sachant au fond de moi que j’étais seul, seul avec mes peurs et mes angoisses. Alors que j’errais dans l’église un des tableaux retint mon attention il s’agissait du « Jardin des délices » de J.Bosch, je reconnu avec effroi ce que j’avais traversé.

Il fallait que je vois Elise, trop de choses se bousculaient dans mon esprit et il me semblait qu’elle seule pouvait m’apporter un début de réponse. C’est ainsi que je pris rendez vous avec elle dans le parc si délicieusement sauvage derrière la gare. Je fus surpris par son enthousiasme, peut être représentais-je l’ oreille attentive dont elle avait besoin, ce qui arrivait souvent aux gens de Dieu. Même parmi la population agnostique ou athée, l’homme d’église avait encore une certaine aura, ne serait ce que par les sacrifices que demandent la vie au service du seigneur, en particulier le célibat. Elle était vêtue d’une robe blanche et bleu subtilement archaïque, ses cheveux attachés en chignon lui donnaient un air sérieux que soulignait une lourde paire de lunettes. Le froid avait relâché son étreinte ce jour la, des bourrasques sporadiques jouaient avec les feuilles mortes, créant d’éphémères tableaux abstraits sur le chemin de terre. Quand Elise arriva à mon niveau je lu la perplexité dans son regard.

Chapitre 2

 

 

Magdebourg,20 mai 1631

cet impitoyable siège me semblait être ce qui pouvait nous arriver de pire, je me trompais lourdement. Ces mercenaires ne croient en rien et ,guidés par cette entité, ils deviennent des monstres. Ce n’est pas la première fois que les événements échappent au contrôle d’un héritier, mais cette fois le revers est catastrophique, il ne reste rien de ce qui était une des villes hanséatiques les plus riches. Tels de sinistres étoiles les bûchers constellent la ville et me rappellent mon échec, l’odeur de mort et les échos d’agonie sont devenu le quotidien d’une cité fantomatique. Encore une fois il avait frappé.

 

 

L’entrée étroite s’engageait dans une grande pièce richement décorée. Les murs sombres absorbaient l’éclat de l’astre diurne et laissaient l’air aveugle me submerger. De lugubres visages semblaient me fixer depuis les murs recouverts de toiles anonymes. Je n’osais m’aventurer plus avant dans cet environnement hostile, et pourtant il le fallait, une solution devait résider ici, j’en avais la certitude. J’avais difficilement obtenu l’autorisation de visiter cette demeure et je devais mettre ces quelques heures a profit rapidement. Un mince escalier de pierre en spirale prenait place au centre de la pièce, la distribution des pièces étant en grande partie souterraine. Les chambres cuisines et salles de bains étant accessibles a partir de l’escalier à des niveaux toujours plus bas. Cette architecture était vraiment insolite et incompréhensible, peut-être s’agissait t’il d’une problématique d’espace ou encore de cadastre étriqué en tous les cas il fallait que je pose une question de plus au maire.

 

Arrivé au bout de l’escalier j’eus le souffle coupé. En effet il débouchait sur une grande pièce sombre étonnante, de forme octogonale ses murs étaient recouverts de livres anciens, en son centre une fresque représentait le sacrifice d’Abraham, dans un style baroque proche du Caravage. Malgré une l’usage de matériaux modernes l’exécution était très fidèle aux œuvres de l’époque et on y ressentait la même intensité dans les contrastes clair-obscurs et la même force dans les regards des protagonistes. La violence de la contre-réforme s’exerçait de plein pied dans cette œuvre et je me sentis mal à l’aise. A ma grande surprise la fresque représentait bel et bien Abraham poignardant son fils, nulle main divine ne l’ayant arrêté. Je disposais de quelques heures devant moi, et décidai de regarder d’un peu plus près cette bibliothèque.

 

 

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